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André est mort le 31 août. L'un après l'autre, les derniers poilus se retirent ainsi sur la pointe des pieds. Pour eux, comme naguère au front, chaque jour qui passe est arraché à la mort. Les corps se tassent, l'âge et la fatigue ont remplacé la boue et l'ennemi. Mais c'est finalement la même lutte pour la survie. Bientôt, le combat cessera faute d'anciens combattants. 35 000 à la fin des années 1980, 4 000 en 1995, 36 en 2003, 15 en novembre 2004, 6 aujourd'hui. L'Office national des anciens combattants (ONAC) tient le décompte. C'est à nouveau un massacre, comme celui qui emporta 1,4 million de soldats français en cinquante-deux mois de conflit.
Marie Martial René Moreau, qui fut envoyé sur le front italien, est mort le 27 octobre, à 108 ans, dans une maison de retraite d'Angoulême (Charente). Alexis Tendil, le radiotélégraphiste qui intercepta un message capital des Allemands, s'est éteint, vendredi 7 octobre, à 109 ans, aux Vans (Ardèche). Le dernier Alsacien à avoir servi dans l'armée du Kaiser, Charles Kuentz, s'en est également allé, en avril 2005, après avoir changé quatre fois de nationalité dans sa vie. Il était dans le mauvais camp. La République rancunière ne lui accorda pas la Légion d'honneur, comme elle l'a fait depuis 1995, sur requête de Jacques Chirac, à tous les anciens poilus. A Alexandre Kondratovitch non plus, un Français mort en 1999 à Chelles (Seine-et-Marne), l'un des derniers combattants russes. Après avoir été dans l'armée blanche, il s'était réfugié dans notre pays dans les années 1920. La Légion d'honneur n'a pas plus été octroyée à Justin Tuveri, Français qui est en outre le doyen des combattants italiens.
Se pose ainsi le problème du comptage des derniers poilus, et des polémiques commencent à naître à mesure que leur nombre s'amenuise. La décolonisation, les brassages de population, les changements de nationalité rendent la comptabilité problématique. L'ONAC recense comme ancien combattant de 14-18 les Français ayant participé au conflit pendant au moins trois mois. D'autres pays accordent le statut à des soldats qui ont participé à des opérations militaires (déminage, maintien de l'ordre), après l'armistice.
Des 8,4 millions de soldats français de 14-18, il reste donc officiellement Louis de Cazenave (108 ans), Ferdinand Gilson (107 ans), Jean Grelaud (107 ans), Maurice Floquet, le doyen (110 ans), Léon Roger Weil (109 ans) et Lazare Ponticelli (107 ans). Ils ne seraient plus qu'une poignée dans le Commonwealth, aux Etats-Unis, en Italie, à peine plus en Allemagne, où, dans les derniers mois, étaient enrôlés des gamins de 14 ans.
Un Français, Frédéric Mathieu, 35 ans, a consacré à ces derniers témoins un site (http://dersdesders.free.fr). Il a également retrouvé la trace du dernier grognard de Napoléon, un Hollandais mort à la fin du XIXe siècle, et du dernier combattant de la guerre de 1870, disparu dans les années 1950. Sur un forum international (www.victoriacross.net), quelques férus échangent des informations sur les poilus survivants. Avec le dernier d'entre eux, la Grande Guerre quittera notre histoire contemporaine.
Le Monde Article paru dans l'édition du 10.11.05
Date de création : 09/11/2005 @ 18:27
Dernière modification : 09/11/2005 @ 18:34
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